La consignation électrique est l’opération obligatoire pour mettre hors tension une installation avant d’y travailler. Le Code du travail l’impose : la partie d’installation sur laquelle on travaille hors tension doit être « préalablement identifiée et consignée » (article R.4544-5). La procédure est définie par la norme NF C 18-510, que l’arrêté du 5 juillet 2024 désigne comme référence des modalités recommandées ; elle se déroule en 5 étapes, dans un ordre imposé. Chacune a une fonction précise. Sauter une seule étape, c’est s’exposer à un accident grave. Voici la procédure complète, validée par notre pratique à Colombes depuis 2000.
Pourquoi consigner ?
La consignation a un seul objectif : garantir l’absence durable de tension sur l’installation pendant toute la durée des travaux. « Durable » est le mot-clé : il ne suffit pas de couper, il faut empêcher qu’on remette le courant pendant qu’on travaille, qu’on confonde avec une autre installation, ou qu’une tension parasite ne réapparaisse.
L’INRS le constate dans sa brochure ED 6127 (§ 1.1) : « Bien des accidents surviennent sur des installations restées sous tension ou non complètement consignées. » L’analyse de leurs causes montre généralement, poursuit la brochure, qu’une meilleure préparation du travail aurait permis la mise hors tension complète de la zone concernée.
C’est pour cela que la NF C 18-510 définit une procédure stricte en 5 étapes, à appliquer dans l’ordre — ce que rappelle l’INRS dans sa brochure ED 6109 « Consignations et déconsignations ».
Étape 1 — La séparation
La séparation consiste à couper toutes les sources d’alimentation possibles de l’installation. C’est l’action mécanique qui interrompt physiquement la conduction électrique.
Comment séparer ?
Selon le type d’installation :
- Disjoncteur ou interrupteur sectionneur : action sur la poignée pour le placer en position « OUVERT ». Le sectionneur doit présenter une séparation visible ou une indication mécanique fiable de position.
- Fusibles à coupure visible : extraction physique des cartouches fusibles.
- Pour la HT : ouverture d’un sectionneur de ligne ou d’un disjoncteur HT avec coupure visible.
Vérifier la séparation effective
L’opérateur doit voir la séparation : indicateur mécanique, vision directe des contacts ouverts (sectionneurs à coupure visible), ou indicateur déporté fiable. Un simple arrêt par bouton-poussoir n’est pas une séparation certaine : c’est une commande, qui peut être inversée.
Toutes les sources
Attention aux multiples sources d’alimentation :
- Alimentation principale du réseau
- Onduleur (ASI) qui peut continuer à alimenter en cas de coupure principale
- Groupe électrogène de secours
- Sources renouvelables (photovoltaïque, éolienne) qui injectent localement
- Cellules photovoltaïques sur toiture (toujours sous tension le jour)
Toutes ces sources doivent être séparées, sans exception.
Étape 2 — La condamnation
La condamnation empêche physiquement la remise en marche accidentelle ou malveillante de l’organe de séparation. C’est l’étape qui distingue une simple « ouverture » d’une vraie consignation.
Comment condamner ?
- Cadenas de condamnation : c’est la méthode standard. Cadenas personnel apposé sur la poignée ou le verrou du sectionneur en position ouverte. Chaque intervenant pose son propre cadenas (multi-cadenas si plusieurs personnes).
- Pancarte de signalisation : « NE PAS MANŒUVRER — INSTALLATION CONSIGNÉE » avec date, nom de l’opérateur, ouvrage concerné.
- Verrouillage mécanique sur les sectionneurs HT, avec retrait de la clé du dispositif.
La clé du cadenas reste exclusivement dans la poche de l’opérateur qui a consigné. Personne d’autre ne peut déverrouiller.
Le principe « une personne, un cadenas »
Si plusieurs équipes travaillent sur la même installation, chacune pose son cadenas sur un dispositif multi-cadenas (boîtier qui accepte plusieurs cadenas simultanés). La dernière équipe qui termine retire son cadenas et déconsigne.
Étape 3 — L’identification de l’installation
L’identification garantit qu’on travaille sur la bonne installation, pas sur une voisine ressemblante. C’est l’étape qui prévient les erreurs de tableau, de cellule, de départ.
Comment identifier ?
L’opérateur vérifie par les documents :
- Schéma unifilaire de l’installation
- Plan d’implantation
- Repérage des câbles et boîtes de raccordement
- Tag d’identification du départ ou de la cellule
- Conformité entre le départ consigné et celui prévu pour les travaux
Pour une installation complexe (tableau divisionnaire, poste de distribution), le risque de confusion entre deux départs voisins est réel. L’identification doit être formelle, documentée, croisée avec au moins une autre vérification.
Étape 4 — La VAT (Vérification d’Absence de Tension)
La VAT est l’étape qui prouve que la séparation a été efficace et qu’il n’existe pas de tension résiduelle ou parasite sur l’installation.
Procédure VAT en 3 temps
- Vérifier le bon fonctionnement du VAT sur une source de tension connue (le « test sur source », avant et après la vérification)
- Vérifier chaque conducteur actif, neutre compris, au plus près du lieu de travail
- Vérifier à nouveau le bon fonctionnement du VAT après la vérification (le « test final »)
Si la séquence « test → vérification → test » est respectée, on sait que le VAT fonctionnait au moment de la vérification. Un voltmètre ou un tournevis testeur ne sont pas des VAT, rappelle l’INRS (ED 6109).
Type d’appareil
Le VAT (Vérificateur d’Absence de Tension) doit être un appareil spécialement conçu à cet effet, adapté à la tension de l’installation. Pour la BT, la norme de référence est la NF EN 61243-3 (détecteurs de tension de type bipolaire basse tension). Pour la HT, on utilise un vérificateur prévu pour ce domaine de tension.
Étape 5 — Mise à la terre et en court-circuit
La mise à la terre et en court-circuit (MALT/CC) est une protection ultime contre les retours de tension imprévus pendant les travaux.
Pourquoi mettre à la terre ?
Plusieurs scénarios de retour de tension :
- Erreur humaine : une réalimentation par l’amont ou par l’aval, à la suite d’une fausse manœuvre
- Tension induite : un câble parallèle sous tension induit une tension par effet capacitif ou inductif
- Décharge de condensateurs : les filtres antiparasites peuvent rester chargés après séparation
- Source secondaire imprévue : une boucle, une cellule photovoltaïque non identifiée, un onduleur qui se réinjecte
Si l’installation est mise à la terre, toute tension qui réapparaît est immédiatement court-circuitée vers la terre, ce qui fait disjoncter la protection amont. L’opérateur reste protégé.
Quand est-elle obligatoire ?
- HT : systématiquement, avec des équipements de mise à la terre et en court-circuit conçus pour ce domaine de tension
- BT : elle n’est pas toujours requise. L’INRS indique qu’en basse tension, « sous certaines conditions d’intervention, cette dernière opération n’est pas requise », et renvoie à la NF C 18-510. Elle garde tout son sens dès qu’une réalimentation, une source autonome, une tension induite ou des condensateurs sont à craindre
Elle concerne tous les conducteurs actifs, neutre compris, se réalise au plus près de la zone de travail, et se raccorde côté terre avant de se raccorder côté conducteur (ED 6109).
Qui peut consigner ?
La consignation peut être réalisée par différents titulaires selon la complexité :
BC — Chargé de consignation BT
Le BC consigne pour le compte d’autrui. C’est lui qui transmet l’attestation de consignation — ou l’attestation de première étape de consignation, quand la consignation se fait en deux étapes — au chargé de travaux. Pour les installations BT industrielles ou complexes, le BC est la référence.
HC — Chargé de consignation HT
Équivalent du BC, mais pour la haute tension. Habilitation distincte, préparée dans une formation haute tension.
BR — Chargé d’intervention BT
Le BR peut consigner pour son propre compte, dans le cadre d’une intervention de dépannage BT. Il ne peut pas consigner pour autrui.
BS — Chargé d’intervention BT élémentaire
Le BS ne consigne pas au sens des 5 étapes : il réalise une mise hors tension pour son propre compte — pré-identification, séparation, condamnation, vérification d’absence de tension — limitée à ses interventions BT élémentaires (remplacement à l’identique d’éléments simples), comme le décrit la brochure INRS ED 6127.
La déconsignation : la procédure inverse
Une fois les travaux terminés, la déconsignation se conduit généralement dans l’ordre inverse de la consignation (brochure INRS ED 6109) :
- Retrait des éventuels écrans, protecteurs et balisages
- Dépose des mises en court-circuit, puis des mises à la terre, en commençant par le côté conducteur
- Retrait du cadenas de condamnation
- Remise sous tension (refermeture de l’organe de séparation)
- Vérification du bon fonctionnement de l’installation
Avant chaque étape, le chargé de consignation vérifie qu’aucun intervenant n’est resté en zone de travail. C’est la responsabilité du BC ou du HC qui a délivré l’attestation de consignation.
Le rôle de l’attestation de consignation
Quand le BC consigne pour autrui, il rédige et signe une attestation de consignation, en une ou deux étapes (dans le second cas, une attestation de première étape de consignation). Ce document :
- Identifie l’installation consignée
- Liste les étapes effectuées
- Identifie le chargé de travaux à qui la consignation est remise
- Garde la trace écrite de qui a consigné quoi, et pour qui
Il engage son signataire : il se rédige avec rigueur.
Comment Abricot Formation enseigne la consignation à Colombes
À Colombes (92), à 1 minute de la gare de Colombes (Transilien J), depuis 2000, nous formons aux 5 étapes de la consignation dans toutes nos formations BR/BC :
- Formation B1-B2-BR-BC : 14 h ou 16 h sur 2 jours, avec mise en pratique de la consignation
- Formation haute tension (H1V, H2V, HC) : 24 h sur 3 jours, avec exercices de consignation HT
- Matériel pédagogique : armoire pédagogique BT, EPI, VAT, cadenas de consignation
Notre engagement : devis personnalisé sous 1 heure ouvrée, montage du dossier OPCO inclus, attestation remise le jour même. 4,9 ★ sur plus de 1 250 avis Google, un centre ouvert depuis 2000.
« La consignation, c'est le geste qui sauve. Chaque étape a sa raison d'être — sauter une seule, et la sécurité s'effondre. C'est notre obsession en formation : faire des 5 étapes un réflexe automatique. »
Chez Abricot, à Colombes, la consignation fait l'objet d'une mise en pratique dans nos formations B1-B2-BR-BC. Les stagiaires s'exercent à consigner et à déconsigner sur notre armoire pédagogique, avec VAT et cadenas de consignation, jusqu'à ce que l'enchaînement devienne automatique. — Formateur Abricot.
Questions fréquentes
Les questions que l'on nous pose le plus souvent sur ce sujet. Si la vôtre ne figure pas dans la liste, notre équipe y répond personnellement via le formulaire de devis, sous une heure ouvrée.
Qui peut consigner ?
Seul un titulaire de l'habilitation BC (chargé de consignation BT) ou HC (chargé de consignation HT) peut consigner pour le compte d'un autre intervenant. Un titulaire BR peut consigner pour son propre compte. Un BS ne consigne pas : il réalise une mise hors tension pour son propre compte (pré-identification, séparation, condamnation, vérification d'absence de tension), limitée à ses interventions BT élémentaires (brochure INRS ED 6127).
Pourquoi 5 étapes et pas 4 ou 6 ?
C'est la norme NF C 18-510 qui le définit ; l'arrêté du 5 juillet 2024 (cf. Légifrance) la désigne, dans son édition de janvier 2012 complétée par l'amendement A1 de février 2020, comme référence des modalités recommandées. Chaque étape a une fonction de sécurité : séparation (couper), condamnation (empêcher le rebranchement), identification (être sûr de la bonne installation), VAT (confirmer l'absence de tension), mise à la terre (sécuriser contre une remise sous tension accidentelle ou une tension induite).
La mise à la terre est-elle toujours obligatoire ?
En haute tension, elle est systématique. En basse tension, l'INRS précise qu'elle n'est pas requise « sous certaines conditions d'intervention » et renvoie à la NF C 18-510 pour ces conditions. Elle protège contre une réalimentation amont ou aval, contre une source autonome, contre les tensions induites et contre l'énergie restée dans des condensateurs (brochure INRS ED 6109).
Que faire si le VAT révèle une tension résiduelle ?
Arrêter immédiatement la consignation. Identifier l'origine de la tension : retour par une seconde source non identifiée (onduleur, GE de secours), boucle de masse, condensateur non déchargé. Reprendre la procédure depuis l'étape 1 après avoir résolu le problème. Ne jamais poursuivre les travaux.
Combien de temps prend une consignation ?
Il n'existe pas de durée type : tout dépend du nombre de sources à séparer, de l'accessibilité des organes de séparation et de la nécessité, ou non, de mettre à la terre et en court-circuit. Une consignation ne se chronomètre pas : chaque étape se fait complètement, dans l'ordre. La déconsignation se conduit généralement dans l'ordre inverse.